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Quand la data sportive rencontre l’impact environnemental

  • data2performance
  • 31 mars
  • 5 min de lecture

Je vous partage aujourd'hui mon analyse et mon avis sur l'émergence d'un "EPT Breath Index" que vous pourrez trouver sur la plateforme https://www.wetreez.org/eptindex


Il s'agit d'une plateforme visant à éduquer les comportements de sportifs professionnels et amateurs, et in fine chercher à équilibrer performance sportive et écologie liée au transport pour se rendre sur un lieu de compétition.


Treez pourrait proposer ainsi un classement des performances au regard d'un algorithme incluant votre déplacement vers une course, et de votre performance en elle même.


D'un point de vue personnel, je trouve cette approche originale et constructive afin d'avoir un indicateur qui combine plusieurs facteur pour rendre ses déplacements plus cohérents, et permettre éventuellement de réfléchir aux moyens possibles pour réduire son impact écologique pour se rendre à une course.


Le score EPT proposé par Treez ne mesure pas uniquement la performance sportive, mais une performance élargie intégrant l’impact environnemental du participant. La formule agit comme un coefficient éthique appliqué à la performance physique, transformant le classement en indicateur hybride entre sport et responsabilité écologique. Analyse de cette proposition.


Dans Strava, le CO2 économisé est désormais disponible lorsque l'on effectue un trajet en vélo par exemple. Motivant pour délaisser sa voiture pour rejoindre un endroit en particulier !
Dans Strava, le CO2 économisé est désormais disponible lorsque l'on effectue un trajet en vélo par exemple. Motivant pour délaisser sa voiture pour rejoindre un endroit en particulier !

La performance sportive : une métrique en constante évolution


Depuis plusieurs décennies, la performance sportive s’est progressivement transformée en un domaine profondément quantifié.

Fréquence cardiaque, puissance mécanique, VO₂max, variabilité cardiaque, charge d’entraînement : aujourd’hui, presque chaque aspect de l’effort peut être mesuré, modélisé et optimisé. Cette évolution a permis des progrès considérables dans la compréhension physiologique et dans la préparation des athlètes.


Mais une question commence à émerger : mesurons-nous réellement tout ce qui compte dans la performance moderne ?


Car si la performance a longtemps été définie uniquement par la vitesse, la puissance ou le classement, le contexte actuel pousse à élargir cette définition.


L’apparition de nouveaux indicateurs


Le sport n’existe plus en vase clos. Il s’inscrit désormais dans un environnement global où les enjeux énergétiques et écologiques prennent une place croissante.

Déplacements pour les compétitions, consommation matérielle, infrastructures sportives, usage technologique : chaque pratique possède une empreinte environnementale plus ou moins visible.


Dans ce contexte, certaines initiatives cherchent à introduire une nouvelle idée :associer performance sportive et impact écologique.


C'est l'idée de Treez avec son "Breathe Index EPT Trail".



Ce projet propose un index combinant données de performance et score environnemental.



L’intérêt de cette démarche ne réside pas uniquement dans l’outil lui-même, mais dans la question fondamentale qu’elle soulève :

La performance sportive doit-elle intégrer de nouvelles dimensions d’évaluation ?

Peut-on vraiment mesurer un “score écologique” du sport ?


D’un point de vue scientifique, construire un indice composite est un défi complexe.

Un bon indicateur doit respecter plusieurs critères :

  • validité : mesure-t-il réellement ce qu’il prétend mesurer ?

  • fiabilité : produit-il des résultats cohérents ?

  • comparabilité : permet-il une analyse entre individus ou pratiques ?

  • interprétabilité : reste-t-il compréhensible pour l’athlète ?


Or, l’impact environnemental introduit une variable nouvelle : elle dépasse la physiologie individuelle pour intégrer un système global.


L'algorithme proposé est encore en cours d'évaluation. Peut être sera t'il intégré dans nos futurs préparations de courses ou dans des outils comme Strava? Ou bien peut être auront nous nos classements finaux de nos courses avec un score écologique associé à notre performance? Ce qui sera peut être motivant pour venir en covoiturage et tenter d'être l'athlète le plus rapide mais aussi le plus vertueux !
L'algorithme proposé est encore en cours d'évaluation. Peut être sera t'il intégré dans nos futurs préparations de courses ou dans des outils comme Strava? Ou bien peut être auront nous nos classements finaux de nos courses avec un score écologique associé à notre performance? Ce qui sera peut être motivant pour venir en covoiturage et tenter d'être l'athlète le plus rapide mais aussi le plus vertueux !

Contrairement à la VO₂max ou à la puissance, qui reposent sur des bases biomécaniques solides, un score écologique dépend de nombreux facteurs externes :

  • mode de transport,

  • localisation géographique,

  • matériel utilisé,

  • fréquence de renouvellement des équipements,

  • contexte énergétique local.


Cela pose une question centrale en data science sportive :

peut-on agréger des variables individuelles et systémiques dans une seule métrique sans perdre de sens ?


Une évolution logique de la data sportive ?

Historiquement, la performance sportive a déjà connu plusieurs révolutions métriques :

  1. le chronomètre (mesure du résultat),

  2. la physiologie (mesure des capacités),

  3. la puissance et les capteurs (mesure du processus),

  4. l’analyse data (modélisation de la performance).


L’intégration d’indicateurs environnementaux pourrait représenter une cinquième étape : la performance contextualisée.


Dans cette vision, l’athlète ne serait plus seulement performant parce qu’il va vite, mais parce qu’il optimise son efficacité dans un cadre plus large.


Le score proposé par EPT Trail utilise les métriques de la performance pure et de l'eco-score du déplacement.
Le score proposé par EPT Trail utilise les métriques de la performance pure et de l'eco-score du déplacement.

Opportunités… et limites


Cette approche ouvre plusieurs perspectives intéressantes :

  • sensibilisation des pratiquants,

  • nouvelles métriques éducatives,

  • réflexion sur la durabilité du sport amateur et professionnel,

  • innovation dans la visualisation des données sportives.


Mais elle comporte également des limites importantes :

  • risque de simplification excessive,

  • confusion entre performance physique et responsabilité environnementale,

  • difficulté de standardisation scientifique.


Un indice mal défini peut rapidement devenir plus symbolique qu’analytique.


Vers une nouvelle définition de la performance ?


Le score établi par Treez. L'algorithme donné en clair permet de comprendre les résultats. Mais les choix sont encore un peu discutable d'un point de vue analytique.
Le score établi par Treez. L'algorithme donné en clair permet de comprendre les résultats. Mais les choix sont encore un peu discutable d'un point de vue analytique.


Analyse de l'algorithme de Treez :


La formule utilisée est "EPTTrail" = P × (0.6+0.4×E/1000)

avec :

  • P = performance sportive (1000 = excellente perf)

  • E = score écologique (plus grand = plus vert)


Le score final est une performance sportive pondérée par un bonus écologique.


Cas extrêmes :

Comportement

E

Multiplicateur

Très polluant

0

0.6

Moyen

500

0.8

Très écologique

1000

1.0

donc :

  • un pollueur garde 60 % de sa performance

  • un écolo conserve 100 %

  • l’écologie peut modifier la perf de ±40 %


Treez dit implicitement :

La performance sportive seule ne suffit pas. La performance responsable vaut davantage !

Ce score n’est plus une métrique de performance.

C’est une fonction utilité hybride sport + comportement sociétal !


Autrement dit :

  • ce n’est pas un classement sportif pur,

  • c’est un classement normatif.


Donc :

  • 60 % du score = sport pur

  • jusqu’à 40 % = modulation écologique


Treez impose un poids politique explicite dans le modèle.


C’est assumé — et intéressant !


Forces du modèle !

✅ Très lisible

✅ Gamification écologique

✅ Incitation comportementale intelligente

✅ Compréhensible par le grand public


Effet potentiellement paradoxal

Un athlète moins performant mais plus écologique peut dépasser un meilleur coureur.

Donc le score récompense un profil, pas une performance.


Mais au final, la vraie question n’est peut-être pas de savoir si un score écologique est parfait aujourd’hui.


La question est plutôt : quelle sera la définition de la performance sportive dans 10 ans ?

À mesure que la data sportive progresse, les indicateurs évoluent avec les valeurs de la société qui les produit.


Observer ces initiatives émergentes permet donc moins de juger un outil que d’anticiper une direction possible : celle d’une performance mesurée non seulement par l’efficacité physiologique, mais aussi par son contexte global.


Ce que l’idée fait bien (et c’est important)


L’intuition me semble excellente :

  • introduire le contexte dans la performance,

  • questionner la métrique sportive classique,

  • créer une discussion data + écologie,

  • rendre la performance multidimensionnelle.


C’est exactement une direction émergente en "performance analytics".


A noter que cette proposition d’innovation de Treez repose moins sur la formule que sur la modélisation de l’impact carbone, dont les hypothèses conditionnent fortement le résultat final.


Conclusion

La data sportive ne cesse d’élargir son champ d’analyse. L’apparition d’indices mêlant performance et impact environnemental illustre une transition intéressante : le passage d’une performance purement individuelle à une performance systémique.

Qu’elle devienne un standard ou reste une expérimentation, cette approche rappelle une réalité essentielle :

mesurer, c’est déjà choisir ce que l’on considère important.

Et l’évolution des métriques de performance raconte souvent autant notre époque que notre sport.

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