[Flashback] : Mon "étape du tour" 2017
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- 2 avr.
- 8 min de lecture
Après de nombreuses années où le vélo avait du rester au placard, à cause de ma formation intense de pilote de chasse, j'ai décidé en 2015 de reprendre doucement mon sport préféré. Deux années plus tard, je me sentais prêt pour affronter une belle épreuve : "L'étape du Tour" ! Je vous raconte ici tous les efforts qu'il aura fallu faire pour réussir à finir une telle épreuve !

Finir l'étape du tour, ce n'est pas donné à tout le monde. De nombreux cyclosportifs s'y présentent, et un bon nombre d'entre eux n'arrivent pas à boucler le défi en un temps imparti!
Je me présente donc plutôt intimidé face à ce défi à accomplir. Au menu cette année : le col de Vars, suivi de celui de l'Izoard, dans une étape de 184 kilomètres et 3600m de dénivelé positif !
Je ne suis pas rompu aux sorties montagnardes de longue durée. De plus, avec la naissance de Manon, je prends mon rôle de papa à cœur et les nuits sont courtes. Au boulot, je ne suis qu'un jeune sous-chef de patrouille dans mon escadron de chasse, donc les entrainements en vol sont rugueux et le temps me manque pour faire du sport ! C'est pourquoi ma forme n'est pas olympique, et j'arrive avec moins de 2000 km au compteur en cette année 2017. J'ai monté seulement une fois le Ventoux cette année. Autant dire... aucune réelle préparation. Mais je soigne quand même mon physique avec du home-trainer, de la course à pied et des sorties vélo courtes mais rapide lors de la sieste de Manon les week-ends... Mon but sera uniquement de finir ce défi!

Je suis accompagné de collègues cyclos plus expérimentés que moi, et qui ont un profil plus grimpeur que le mien. Avec mes 1m76, j'approche cette année les 74 kilos et présente un profil plutôt "musclé" du haut du corps. De plus, je ne connais pour ainsi dire pas du tout la montagne. L'année dernière, avec un ami, je suis allé au Galibier, c'était la première de mes sorties dans les Alpes. Un régal! Mais je risque de déchanter aujourd'hui.
Mon destrier est mon Lapierre Pulsium, un vélo d'endurance tout carbone, qui m'a permis de reprendre depuis 2015. Je lui ai adjoint mes nouvelles roues Cosmic Ultimate, qui sont les plus légères que je possède mais avec un profil de 40, ce qui n'est peut-être pas le top en montagne. Mon développement est en 34x28 et je trouve cela un peu joueur au vu de mon poids et de ma forme... Tant pis ! Je n'ai pas eu le temps de faire mieux pour préparer le matériel... Mon compteur est un Mio Cyclo qui me permettra d'avoir un maximum de données en temps réel !
La veille : un plat de pâte, et une nuit qui est plutôt sereine : pour la première fois en 5 mois je ne suis pas réveillé par ma petite qui ne fait pas encore ses nuits! Mais cela traduit mal mon anxiété.

7h : le départ est donné. C'est plutôt tranquille. Nous sommes tellement nombreux que le "rolling start" prend plus de 2 heure 30 entre le premier partant et les derniers sas ! Nous ne partons pas si tard, à 8H50 environ, tant mieux... car la chaleur est déjà écrasante.
Le départ est donné, et mes collègues de course impriment une bonne moyenne dès le début. Nous remontons tranquillement sur la file de gauche. Je ne suis pas en surrégime, mais je sens que, si j'étais seul, je serais un peu plus prudent que cela!
Les kilomètres défilent et nous voila déjà arrivés à la côte des Demoiselles coiffés. J'ai une bonne forme, je le sens. Je suis avec aisance mes compagnons, je sens la sueur arriver, je bois bien et m'alimente un peu. Cependant, je crains la longueur de cette étape du Tour ! Car j'ai l'habitude de rouler entre 40 et 80 kilomètres et pas vraiment plus (par manque de temps...). Je suis plutôt enjoué, mes collègues apprécient que je fasse quelques relais appuyés. Je ne me connais pas trop non plus en peloton! On me donne des conseils pour apprendre à rester dans les roues. J'ai peur de donner un peu trop, mais ce n'est pas grave : on comptera les points plus loin et je suis là pour apprendre !

Au 100ème kilomètres, nous arrivons au ravitaillement à Barcelonette. Mes collègues n'étant pas à la minute prêt, nous nous arrêtons sagement pour remplir nos bouteilles et manger au ravitaillement.
Je ressens une mauvaise fatigue, comme si j'avais les jambes lourdes. Je suis fatigué par la chaleur et je comprends que je ne dois surtout pas dépasser le point de rupture. Je sais que la route s'élève juste après le ravitaillement pour attaquer tranquillement la première montée raide de la journée : le col de Vars.
Détestant les faux plats, j'annonce à mes camarades pendant le ravitaillement que je vais prendre mon rythme de sénateur et les laisser partir devant. Je ne veux surtout pas commettre l'erreur de vouloir les suivre par orgueil, et me mettre dans le rouge au risque de devoir abandonner plus loin.
C'est donc ce que je fais sagement. Et j'ai très bien fait. Car 10 kilomètres plus loin, la chaleur m'accable. J'attaque le col de Vars avec des sensations horrible de chaleur et de lenteur. Je n'avance plus. Chaque coup de pédale est une atrocité, et je n'ai jamais été aussi bas en RPM dans un col. J'arrive péniblement a garder l'équilibre et ne souhaite qu'une chose : ne pas poser le pied à terre.

J'ai de la peine à croire que le col de Vars n'est qu'un 1ere catégorie. Je suis en souffrance ultime et je pense abandonner. Déjà?? Alors qu'il ne s'agit que de la première montée difficile de la journée? Je n'arrive pas à y croire. Je donne tout ce que j'ai, et pense beaucoup à Lucie et Manon, en me disant que je dois réussir pour ne pas avoir honte de passer une journée en dehors de la maison sans réussir au moins à me dépasser et être finisher.
Mais la chaleur est vraiment horrible. L'altitude est proche de 2000m et il fait encore très chaud. Je n'ai pas l'habitude de ces hauteurs. La seule chose qui me rassure, c'est que les autres cyclistes à côté de moi n'en mènent pas large également. Je n'ai aucune idée du classement, car la seule chose qui compte pour moi et de finir. Il y a beaucoup d'ambiance dans la montée, des gens qui nous arrosent et nous applaudissent.

Mon cardiofréquencemètre s'affole ! Je suis au rupteur. Je n'ai jamais produit un effort aussi long et aussi difficile moralement. J'ai fourni un effort de moyenne 146W d'après Strava lors du col, ce qui n'est vraiment pas terrible. Mais j'ai une FCmoyenne de 160, sans pouvoir monter bien plus haut. Mes jambes n'étaient tout simplement pas assez préparée : j'étais vraiment au max et ne pouvait pas faire mieux. J'ai fais une montée au seuil tout le long. Je suis épuisé et certainement déshydraté au vu de la chaleur.
J'arrive en haut du col de Vars avec énormément de pénibilité. Je vois que beaucoup d'autres souffrent aussi. Au ravitaillement tout le monde fait grise mine. Pour ma part je m'allonge et essaye de retrouver mes esprits. J'appelle même Lucie pour lui dire que je songe à abandonner. C'est la première fois que je suis dans une telle difficulté dans une épreuve. Même à la SaintéLyon de 2009, je n'avais pas été aussi dans le dur !
Heureusement, au niveau du moral, je me dis qu'il reste la descente, pour récupérer, puis une montée. Une seule montée ! Ce n'est rien !
Mais c'est l'Izoard... Un hors catégorie ! Mis à part le Galibier et le Mont Ventoux, je n'en ai jamais fait d'autre. Surtout dans de telles conditions de fatigue !

Je l'aborde avec l'esprit du sauve qui peut. Mais je semble être moins en difficulté que lors du début de Vars. Peut-être que c'est parce que c'est le dernier effort et que chaque coup de pédale me rapproche de la médaille de finisher?
Les paysages sont sompteux. Je ne vais pas vite mais je profite un peu de magnifiques vues que nous propose ce col.
Les encouragements sont géniaux. Je me sens comme un héro au milieu d'autres héros. Cependant beaucoup de monde abandonne autour de moi. Je vois de nombreux cyclistes marcher à côté de leur vélo. D'autre allongés sur les côtés et certainement en train d'attendre que les forces leur reviennent. Je me donne comme défi de ne surtout pas mettre le pied à terre, hors ravitaillement.

A La Chalp, il y a le dernier ravitaillement. Il est au kilomètre 5 de la montée. Après lui, il ne reste que 9 kilomètres ! Rien du tout me sépare de la ligne d'arrivée! Je ne peux pas abandonner ici. Je reprends 2 gourdes d'eau fraiche et je me dis que même si je dois finir sur les rotules, ça va passer.
C'est quand même un peu ce qui se passe. Ma fréquence de pédalage est immonde. Je suis à 50 RPM. Je n'ai jamais vu cela sur mon compteur. Je n'arrive plus à me mettre en danseuse. J'ai seulement la force de garder l'équilibre. Mètre après mètre, je combat la gravité. Je souffre énormément mais ce n'est pas la même sensation que dans le col de Vars : je sens que je vais le faire et que je n'abandonnerai pas. Et je le fais! Ca y est ! Je suis en haut du col de l'Izoard et me voilà finisher de l'Etape du Tour 2017!
Arrivé là haut, je suis incrédule : comment font les champions du Tour de France pour boucler ces étapes en si peu de temps... et repartir le lendemain??? Je suis presque au bord des larmes tant l'effort a été difficile.

J'appelle ma chérie en haut du col pour lui dire que c'était le défi le plus dur que j'ai fais jusque-là. J'achète un petit doudou pour ma fille, qui a une petite écharpe "Izoard" en souvenir : je prends le soin de le mettre sous mon maillot de cycliste dans la descente et je file vers Briançon, avec prudence, dans la descente.
Je retrouve mes camarades à Briançon. Tout le monde est là, ils ont fini une heure avant moi. On fait une petite pasta party, moment génial pour moi qui suit un gros mangeur !
Quelle épreuve! Je ne suis pas loin des crampes et conduire la voiture n'est pas facile : heureusement qu'il y a le régulateur ! En déchargeant mon compteur sur Strava, je comprends pourquoi j'ai tant souffert ! J'ai tourné pendant près de 5 heures à une fréquence cardiaque comprise entre 152 et 167 ! Une véritable boucherie !
Au final, c'est en presque 9h (car j'ai effectué pas mal de pauses) que je boucle l'épreuve. Mon classement est anecdotique. Je retiens seulement qu'il y avait encore du monde derrière moi et surtout... que je suis finisher!
Pour ceux qui connaissent un peu les calories, on estime qu'un homme utilise 2100kcal par jour. Sur cette épreuve j'ai utilisé 5400 kcal d'après Strava ! Autant dire que je peux manger plusieurs plat de pâtes les jours qui suivront !

Au final, cette épreuve m'aura permis de comprendre que l'entrainement est complètement nécessaire pour réussir de tels défis. Je comprends pourquoi il y a autant d'abandons sur les Etapes du Tour chez les cyclosportifs... avec un métier, et peu de temps d'entrainement, nous n'avons pas les mêmes jambes que nos idoles professionnelles. Mais je comprends aussi que pour prendre du plaisir, il faut venir un peu plus affuté que ce que je ne l'étais ce jour là.
Et voilà! Il ne me reste en souvenir que mon dossard, et la belle médaille qui désormais pourra me rappeler qu'un beau jour de juillet 2017, j'ai réussi à finir l'ETAPE DU TOUR! Une magnifique aventure qui en appelle d'autre...


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